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La filière L, une fenêtre sur les métiers de l’audio-visuel : rencontre avec un réalisateur

Mardi 15 mars, les élèves de la filière L, ainsi qu’une partie des secondes, ont eu la chance de rencontrer Namir Abdel Messeeh, le réalisateur du film La Vierge, les coptes et moi, qu’ils sont ensuite allés voir au cinéma d’Autun dans le cadre de Lycéens au cinéma.

Le fond et la forme
Une fois la conférence terminée, certains élèves font part de leur déception : « Oui, c’était intéressant. Il nous a présenté le métier de réalisateur. Mais il ne nous a pas réellement parlé du film qu’on va voir vendredi. ».
Tout vient d’un contresens. A rebours de nos habitudes scolaires, c’est moins dans les mots du discours de Namir Abdel Messeeh qu’il fallait chercher le sens de son film que dans sa manière d’être.
Namir Abdel Messeeh est constamment en quête de beauté, d’authenticité. Il recherche la profondeur humaine cachée dans les faits les plus banals du quotidien. Sa réception à l’accueil par le gardien devient une rencontre avec une personne. Le café pris à la va-vite au CDI est un moment d’échange sensible. La conférence devant les élèves est donc, en réalité, une communion.
Il est difficile de comprendre au départ son refus de prendre le micro, outil si pratique lorsque l’on parle à cent adolescents éparpillés dans une salle de cinéma… Puis, cela devient une évidence. Le micro est un sceptre moderne. Il pose celui qui le possède en figure d’autorité : celui qui le tient devient celui qu’on écoute, celui qui a un savoir. Namir Abdel Messeeh veut se mettre au niveau des élèves, les écouter. Il refuse donc le micro mais, avant de l’éteindre, il appelle une élève pour que, elle, l’utilise, pour qu’elle parle d’elle. Symboliquement tout son cinéma est là : faire exister l’autre, découvrir l’autre.

Au commencement était l’émotion (ou « Le fond et la forme – suite »)
« Au commencement était l’émotion. » affirmait Louis-Ferdinand Céline lors d’une interview pour la radio française. Pour Namir Abdel Messeeh aussi, au commencement est l’émotion. C’est l’émotion qu’il ressent à la lecture d’un script qui doit le décider de l’accepter. C’est l’émotion qu’il veut transmettre au spectateur qui doit guider son travail. Un film doit partir d’une émotion personnelle, authentique pour, à travers une histoire particulière, entrer en résonnance avec le vécu de chaque spectateur. Namir Abdel Messeeh insiste à plusieurs reprises, devant les élèves, sur le sens profond des choses, de ce qu’on fait, de ce qu’on désire. C’est donc à une certaine sagesse, qui rejette toute superficialité, que le réalisateur invite les élèves.
Pourtant Namir Abdel Messeeh a conscience que le réalisateur est un manipulateur. Comment transmettre alors une émotion authentique alors qu’au cinéma tout est artifice ?
La réponse se trouve dans la simplicité de son film, qui oscille entre documentaire et fiction. Namir Abdel Messeeh rejette tous les moyens faciles des fictions pour se rapprocher de l’esthétique du documentaire. La musique est ainsi très peu présente. L’ensemble est très épuré. L’émotion vient de la personne seule que l’on filme.
Mais en même temps, le film montre que tout documentaire est une fiction et repose sur des artifices. Namir Abdel Messeeh utilise donc la fiction pour créer une émotion qui, elle, est authentique et qui est l’objet du film, pour ne pas dire la quête du réalisateur.
Si le film prend pour point de départ le thème des apparitions de la Vierge dans la communauté copte en Egypte, c’est pour, finalement, mettre le spectateur devant le miracle que peut créer le cinéma.

Les fonds et la forme
Le thème de l’argent est au cœur de La Vierge, les coptes et moi. C’est un film qui raconte l’histoire d’un film qui ne peut pas se faire faute d’argent… Cependant, si le film commence par mettre en scène un réalisateur en quête de fonds, il devient vite une enquête sur l’être, et se termine par le remboursement d’une dette humaine. La mère du réalisateur-personnage ne veut pas qu’il filme les membres de sa famille parce qu’elle a honte de leur pauvreté. Le réalisateur, lui, a honte devant eux de son niveau de vie d’Européen. Il prend conscience que, si ses parents ne s’étaient pas installés en France, il serait comme eux. Comment rembourser cette dette envers le destin ? Comment faire autrement qu’en utilisant cette chance qu’il a eu, pour leur apporter un peu de bonheur ? Source de bonheur, le cinéma se fait également révélateur : contrairement à ce que craignait la mère du réalisateur, à l’écran, c’est la richesse humaine des membres de sa famille qui apparait.

Après la projection…
Certains élèves ont été déstabilisés par la forme du film qui ressemble bien peu à celle des blockbusters qu’ils ont l’habitude de regarder. Mais la plupart ont été émus par ce long-métrage tout à la fois drôle et touchant, et n’ont qu’un souhait : que Namir Abdel Messeeh revienne discuter avec eux…

Merci à Namir Abdel Messeeh pour son intervention auprès des élèves, pour sa gentillesse, et surtout pour son beau film.


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