Sortie CPES au lieu-dit "les Télots".
16 mai 2018.


La friche industrielle des Télots, un poumon vert aux portes d’Autun, a accueilli les CPES le 16 mai 2018

Au cours des années 1930 et 1940, la France a dû faire face à une dépendance importante dans le domaine des approvisionnements pétroliers. Pour limiter les effets de cette situation, une politique industrielle aux objectifs contrastés voire contradictoires a vu le jour, quelques années après la Première Guerre mondiale. Des projets ambitieux ont été lancés, notamment dans le domaine de l’hydrogénation de la houille avec, comme objectif, la production d’essence synthétique. Mais il ne s’agit que d’un des aspects de la politique de création d’une industrie des carburants de remplacement, souvent assimilés à des carburants nationaux. Car, avant même les initiatives lancées dans le domaine du charbon, du bois ou de l’alcool, il était apparu possible de produire des carburants grâce à une filière techniquement maîtrisée, dont les origines sont plus anciennes que celle de l’exploitation industrielle du pétrole. Il s’agit des schistes bitumineux. En Europe, cette industrie est apparue au cours des années 1830, dans le bassin d’Autun, en Saône-et-Loire. À cette époque, il s’agissait d’extraire de cette roche du gaz ou une huile minérale qui, après différents traitements, devenait un produit lampant à fort pouvoir éclairant, mais dégageant une odeur nauséabonde, peu appréciée de la clientèle. À la fin des années 1850 et au début des années 1860, cette activité a connu un intense développement, marqué par la création de nombreuses concessions minières et de plusieurs dizaines d’usines. D’Autun, la filière schistière commence alors a essaimé ailleurs en France, et en particulier dans l’Allier. Mais la prospérité est de courte durée. Dès la guerre de Sécession terminée, la filière schistière française subit la concurrence des produits pétroliers de Pennsylvanie, bientôt accompagnée de celle des pétroles de Russie et de Roumanie. Au début des années 1870, la majorité des compagnies exploitantes fait faillite. Il faut attendre 1881 et la création de la Société Lyonnaise des Schistes Bitumineux, filiale du Crédit Lyonnais, pour que l’avenir de la filière soit envisagé avec davantage d’optimisme. De 1893 à 1905, grâce à des mesures de protection fiscale, la filière schistière, dans l’Allier comme dans l’Autunois, accomplit une mue d’envergure. La modernisation passe notamment par l’adoption de procédés de récupération des huiles reprenant les techniques de la filière schistière écossaise. Avec l’apparition de l’automobile se pose aussi la question d’associer à la production d’huile lampante celle du carburant. Au cours des années qui précèdent la Première Guerre mondiale, les usines de l’Autunois produisent de l’essence, mais il ne s’agit encore que d’un sous-produit de la pyrogénation du schiste.
Il n’apparaît pas crédible de se lancer dans une concurrence avec les essences issues du pétrole. Mais la Première Guerre mondiale vient modifier l’intérêt que les pouvoirs publics portent à la filière schistière. Celle-ci, en raison de sa capacité à fournir des carburants liquides comme des graisses, suscite une attention nouvelle, aboutissant à la volonté de soutenir davantage cette activité que plus aucune mesure fiscale ne protège depuis 1906. Le fameux message adressé en 1917 par Clemenceau au président Wilson, sur l’état des approvisionnements pétroliers de la France, montre combien celle-ci, déjà tributaire de l’extérieur pour compléter ses approvisionnements charbonniers, est devenue dépendante des pays producteurs de pétrole.
Par conséquent, au lendemain de la Première Guerre mondiale, l’idée se fait jour de créer une industrie pétrolière nationale. Mais à côté de l’intérêt particulier porté au pétrole, l’Etat entend ne pas négliger les autres moyens de produire des carburants, à partir de l’hydrogénation de la houille ou de l’utilisation du benzol. En 1924, l’Office National des Combustibles Liquides est créé, dans le but de soutenir cette politique industrielle. Mais les moyens mis à la disposition des industriels sont dérisoires. Les mesures fiscales prises en faveur de l’industrie schistière, en 1926 notamment, ne font qu’empêcher la disparition d’une industrie incapable de répondre à la concurrence des pétroles d’importation. Faute de moyens, la Société Lyonnaise des Schistes Bitumineux ne peut moderniser ses installations qui pour la plupart remontent au début du XXe siècle. Il faut attendre 1933 et les changements politiques que connaît l’Europe pour que l’indépendance énergétique et la maîtrise des approvisionnements en carburants deviennent à nouveau des préoccupations de premier plan.
Mais la filière schistière n’a pas eu, pour la production de carburants de remplacement, l’importance que les pouvoirs publics entendaient lui donner. Elle n’a jamais pesé sur les destinées énergétiques de la France. C’est avant tout par les expériences qu’elle suscite qu’elle fait ressortir tout son intérêt. Mais l’activité déployée en vue d’assurer sa survie puis son essor et enfin sa sauvegarde ne peut se concevoir sans établir un parallèle entre cette filière et la situation énergétique de la France. En effet, à travers l’industrie schistière et l’usine des Télots, à Autun, sont perceptibles les très lourdes difficultés rencontrées par la France au niveau de ses approvisionnements charbonniers. Alors que l’Allemagne s’engageait massivement, au cours des années 1930, dans la voie de la production d’essence synthétique par le recours à l’hydrogénation de la houille, la France, pourtant pauvre en hydrocarbures, ne pouvait suivre la même voie. Si les schistes bitumineux sont abondants en France, le manque de charbon n’a pas permis de donner une grande envergure à l’industrie schistière, notamment en raison du déficit chronique rencontré au niveau des approvisionnements charbonniers. Au cours des années 1930 et 1940, développer l’industrie schistière et les autres formes de carburants de remplacement, dans le but d’être moins dépendant des importations d’hydrocarbures, c’est aussi accepter de l’être davantage pour ce qui concerne la consommation charbonnière. Il n’est d’ailleurs pas inutile de constater que les principaux efforts accomplis dans ce sens, en dehors de la Seconde Guerre mondiale, l’ont été en 1935-36, à un moment où la crise mondiale avait entraîné une diminution sensible des prix des charbons et où la production française de houille avait, pour une des rares fois depuis les débuts de l’industrialisation, de la peine à trouver des débouchés. Mais, à long terme, il est impossible que la France puisse maintenir une filière dite des carburants de remplacement, qui, dans les usines expérimentales de Béthune et de Liévin, nécessite l’emploi de 6 à 7 tonnes de charbon pour obtenir une tonne d’essence. Pour les schistes bitumineux, les résultats sont presque aussi médiocres. Le chiffre d’affaires du site d’Autun, au moment de sa fermeture, ne couvre qu’un tiers des dépenses d’exploitation.

Pour autant, le site, abandonné depuis 1957, conserve un grand intérêt. Autun est restée célèbre dans l’histoire de la géologie mondiale pour avoir fourni le stratotype à l’origine de la naissance d’un étage géologique : l’Autunien, qui appartient au Permien. Les exploitations minières successives qui ont été implantées dans le bassin d’Autun ont permis de préciser les caractéristiques du sous-sol et ont été à l’origine de la création du stratotype. Dans le même temps, les exploitants, conscients de l’intérêt des découvertes de fossiles réalisées au cours de l’avancée des travaux, ont favorisé la création de collections de réputations mondiales dont les échantillons les plus significatifs sont encore conservés dans les fonds du muséum d’histoire naturelle d’Autun ou exposés dans les vitrines de la galerie de Paléontologie du Muséum national d’histoire naturelle. C’est à travers la découverte de la friche industrielle de l’ancien site de Télots, où sont situés les plus importants vestiges de cette filière, que la classe de CPES, accompagnée du M. Raggi, proviseur-adjoint du LMA, du Major Frelet, de l’ADJ Barthélémy et de MM. Silvas, Lutz et Passaqui, a pu découvrir cette industrie techniquement passionnante, à défaut d’avoir été économiquement viable. Le groupe en a aussi profité pour découvrir la biodiversité si particulière du site. Comme les autres années, cette visite a été marquée par des conditions météorologiques particulières, puisqu’un véritable déluge attendait le groupe à la base d’un des deux terrils, vestiges de cette activité minière intense
M PASSAQUI