La CPES à la découverte du peintre Raymond Rochette
7 mars 2018

Les CPES à la découverte de l’œuvre du peintre Raymond Rochette

Le mercredi 7 Mars 2018, la CPES Juvencus, accompagnée du Colonel Schmitt, Chef de corps du Lycée Militaire d’Autun et du Commandant Remeur, CDU des Classes Préparatoires, ainsi que par l’ADJ Barthélémy, Chef de peloton, et les Aspirants Chaillard et Crouslé, s’est aventurée sur les traces de Raymond Rochette, peintre connu et reconnu notamment pour ses toiles du Creusot et de ses usines.
Raymond Rochette (1906-1993) a peint les émotions du quotidien : scènes de vies, nature morte, émotions… Mais il est donc avant tout le peintre de l’impressionnante usine métallurgique du Creusot où l’homme, minuscule dans cet univers de métal, domine et fabrique les énormes machines. Il s’est aussi intéressé à d’autres lieux de l’industrie, comme les mines de houille de Montceau et d’Épinac.

Guidée par Florence Amiel Rochette, la fille de l’artiste, dont l’enthousiasme et le dynamisme ont grandement participé à la réussite de cette journée, la classe a débuté la visite par le local où sont stockées ses œuvres. Ce Donjon est une tour médiévale en faveur de laquelle le peintre s’est impliqué dans la conservation et la restauration. Juché au sein du village de Saint-Sernin-du-Bois, il a aussi à plusieurs reprises retenu l’attention de Raymond Rochette qui aimait les jeux de couleurs entre la tour et le plan d’eau situé à proximité. Car Raymond Rochette est d’abord un peintre de la couleur.
Chemin faisant, son projet pictural émerge. Peintre autodidacte, il se forme au contact de peintres régionaux, comme Charlot, et se situe dans la continuité de l’œuvre des impressionnistes. N’oublions pas qu’un Monet s’est arrêté devant de grands bâtiments fumants, avec cette fameuse série de la gare Saint-Lazare. Pourtant, il est évident que Rochette a surtout été influencé par Cézanne.

Revenons au donjon de Saint-Sernin. C’est en ce lieu que des centaines de peintures sont cataloguées, étudiées et entretenues.
Nous avons continué la visite en découvrant la maison et l’atelier où le peintre a passé toute sa vie. A l’intérieur, nous avons été étonnés par le nombre de peintures mais aussi par la multitude d’arts différents que pratiquait Raymond Rochette (mosaïque, sculpture, gravure sur cuivre, estampes notamment). C’était notre première immersion au sein même d’un lieu de création. La visite s’est achevée au Musée de l’homme et de l’industrie, par la découverte de l’exposition temporaire dédiée au peintre. Près de 300 de ses œuvres y sont exposées : des paysages, des portraits, mais l’exposition est d’abord centrée sur les usines du Creusot, avec une grande variété de panoramas, d’équipements industriels en cours de fabrication, ainsi que des postures, des gestes d’ouvriers.

Elles sont le témoignage d’une véritable passion pour les hommes et les activités de cette région. La classe de CPES aura l’occasion de découvrir in situ l’usine du Creusot, en participant à la semaine de l’industrie et en visitant dans quelques jours les laminoirs du Creusot.
Afin de donner quelques détails sur l’œuvre de Raymond Rochette, nous reprenons le texte de présentation d’une conférence de 2013, présentée à la Société éduenne, à Autun, par notre professeur d’histoire-géographie, M. Passaqui, lui-même grand connaisseur des industries creusotines.
Raymond Rochette et l’usine du Creusot

« Pourquoi peindre l’Usine ? Pourquoi utiliser une majuscule et le singulier pour la désigner ? Car en fait, jusqu’en 1984, c’est une extrême variété d’ateliers, de machines, de pièces en cours de fabrication et de spécialités professionnelles que Raymond Rochette a eu l’occasion de représenter. De son rachat par les frères Schneider en 1836 à la faillite retentissante de 1984, le site industriel du Creusot a été contrôlé par une seule et même entreprise et a pendant longtemps, de 1836 à 1960, été marqué par l’empreinte d’une des grandes dynasties industrielles françaises, les Schneider. Jusqu’en 1845, la raison sociale de l’entreprise fut Schneider frères et Cie, devenue Schneider et Cie, à la mort d’Adolphe, l’aîné des deux fondateurs. C’est cette entreprise qui eut en main les destinées industrielles du Creusot et s’est identifiée à cette ville jusqu’en 1949. La présence de l’usine dans la vie quotidienne est manifeste comme en atteste cette remarque d’un ancien directeur : « Les Creusotins sont des gens bizarres : ils parlent de l’Usine dans leurs jardins et parlent de leurs jardins dans l’Usine. »
La suite est en fait un prolongement plus qu’une rupture. De la SFAC fondée en 1949 à Creusot-Loire, disparue en 1984, Le Creusot est resté ce vaste complexe industriel au sein duquel la complémentarité entre les différents ateliers constitue la manifestation la plus évidente de la continuité des choix industriels.
À travers l’histoire industrielle du Creusot transparaît celle des énergies. C’est une véritable épopée industrielle dont Raymond Rochette a été le témoin pendant plusieurs décennies. Son œil s’est attardé sur une vaste partie des usines du Creusot. Il nous donne à voir, avec le regard de l’artiste et du pédagogue, l’importance et la variété des productions de l’usine, ainsi que le nécessaire renouvellement des moyens de production. Chemin faisant, l’ouvrier acquiert une place plus importante. Rochette a fini par ressentir le besoin de mieux souligner la maîtrise technique et les savoir-faire accumulés par des générations d’ouvriers. »

Au terme de cette visite originale, dans la forme comme dans le contenu, nous voudrions en particulier remercier chaleureusement Florence Amiel-Rochette, pour la qualité de son accueil et pour l’énergie déployée à entretenir et présenter l’œuvre de son père.
Cédric Prigent