Conférence "Forges de la Chaussade "

La conférence de M. Berthiau, qui doit se tenir au Lycée militaire d’Autun, le mercredi 27 novembre, à 20H15, à l’amphithéâtre/cinéma, et consacré aux forges de Guérigny dans la Nièvre, site métallurgique spécialisé notamment dans la production des chaînes et des ancres pour la Marine. Cette conférence s’inscrit dans le cadre de l’ensemble "Constructions navales et marine de guerre", à la suite de celle de l’Amiral Bellec sur Lapérouse.

En Nivernais, dans les vallées des affluents de la Loire, toutes les conditions favorables à l’implantation de la sidérurgie étaient réunies : minerai de fer exploitable à ciel ouvert, pierre à chaux, appelée castine, en abondance, forêts fournissant le bois pour la fabrication du charbon de bois nécessaire à la fusion du minerai dans les fourneaux et à l’élaboration du métal dans les forges, réseau hydrographique très développé procurant l’eau vive pour le lavage du minerai et la force motrice pour animer les soufflets et les marteaux.

Guérigny est le siège d’une longue histoire métallurgique. Au XVe siècle, le fief de Villemenant possède un haut fourneau et les forges de Marcy et de la Poêlonnerie. En 1638, Arnault de Lange, seigneur de Villemenant, acquiert les terres de Guérigny, qui appartenaient aux chanoines du chapitre de la cathédrale de Nevers, et installe en 1640, au confluent des deux branches de la Nièvre, une grosse forge avec roues, soufflets et marteau hydraulique. C’est l’origine du site industriel du Vieux Guérigny.

Colbert, alors secrétaire de Mazarin, visite le Nivernais en 1659 en vue d’une évaluation à la suite de laquelle Mazarin acquiert le Nivernais et le Donziais. A cette occasion, il a remarqué la bonne qualité des fers produits par les forges nivernaises. Devenu ministre de la marine en 1669, il en préconise l’emploi dans les arsenaux. C’est ainsi qu’à la fin du XVIIe siècle, de nombreuses ancres sont assemblées dans les forges de Cosne et d’Imphy sous la direction de maîtres ancriers des ports de Brest et de Rochefort, avec des loupes de fer produites dans les grosses forges des environs.

Jacques Masson, directeur des finances du duc de Lorraine, associé aux frères Babaud et d’autres partenaires pour l’exploitation des bois de Lorraine et leur fourniture à la marine royale est à l’origine de ce qui deviendra l’empire industriel de Pierre Babaud de la Chaussade, devenu son gendre en 1734. En 1720, il achète la forge de Marcy, en 1722 la grosse forge de Guérigny, puis de nombreuses autres forges et domaines, dont en 1734 les forges de Cosne. Jean Babaud meurt fin 1738 et Masson deux ans plus tard le 12 juin 1741. Pierre Babaud de la Chaussade devient le seul propriétaire de cet important domaine. Il sera fournisseur de la Marine royale et de la Compagnie des Indes.

Devenues propriété de l’Etat en 1781, les Forges de la Chaussade, royales, nationales ou impériales au gré des régimes, ont connu bien des vicissitudes qui amèneront progressivement, d’abord à leur recentrage sur les seules activités métallurgiques par la vente des domaines ruraux, puis à leur concentration progressive sur le site de Villemenant avec les différentes phases de modernisation nécessaires pour faire face aux besoins nouveaux exprimés par la marine militaire. Cet Etablissement traversera des périodes difficiles au cours desquelles son existence sera remise en cause à de nombreuses reprises, suivies d’investissements importants lui permettant de rebondir sur des activités nouvelles.

Parmi les productions, deux d’entre elles ont été particulièrement marquantes, étant présentes pendant toute l’existence de l’établissement, au point d’en faire oublier les nombreuses autres : il s’agit des ancres puis, à partir de 1823, des chaînes et de leurs accessoires, les apparaux de mouillage, amarrage, remorquage et gréement par lesquels tous les marins connaissaient Guérigny, mais en ignoraient en général la localisation géographique. D’autres fabrications très importantes, pour certaines limitées dans le temps, semblent avoir moins marqué les esprits. Pourtant les tôles et blindages, les grosses pièces forgées, les éléments de chaudronnerie de grandes dimensions, les mines sous-marines et les matériels d’armement ont grandement contribué à la réputation de l’établissement, fermé en 1971.